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 Littérature : ~° Visio Universum °~

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MessageSujet: Littérature : ~° Visio Universum °~   Dim 31 Aoû - 11:21

Ma série de message RP en solo la plus longue de toute ma vie XD Certes, c'est pas un chef d'œuvre littéraire, mais si vous aimez le Role Player, vous pouvez toujours lire ^^

Je poste surtout ici parce que, si des gens aiment cette histoire, il se pourrait que je poursuive fumer

Attention, c'est très long :mrgreen:


Dernière édition par Austrana le Dim 31 Aoû - 11:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Littérature : ~° Visio Universum °~   Dim 31 Aoû - 11:22

...::: Chapitre I : De nouveaux horizons :::...


Un poisson… Qui vole… Étrange non ?
C’est ce que durent se dire les habitants de la petite île de Naïn ce matin-là en voyant une raie gigantesque qui flottait dans le ciel.

La bête était connue à travers presque tout le pays de la Foudre. Certains l’avaient déjà vu, mais d’autres considéraient cela comme une simple histoire à raconter aux enfants comme conte du soir.
Mais ici, à Naïn, on n’avait jamais encore entendu parlé de cette créature. Aussi, quand les premiers hommes ont levés la tête vers le ciel, ils n’en crurent pas leurs yeux. Certains même demandèrent à leur camarade de les pincer, pour être sûr qu’il ne s’agissait pas d’une chimère, d’un pur fruit de leur imagination, tout droit sortie d’un songe.
Les femmes et les enfants se ruèrent en masse devant les petites bâtisses de calcaire pour admirer ce spectacle.

Mais ce que ces gens ne voyaient pas depuis le sol, c’est que le gigantesque cartilagineux avait un harpon dans l’aile, et que son sang coulait lentement le long de sa chaire avant de faire le grand saut dans le vide… Une chute interminable, qui se soldait par un violent écrasement au sol, qui fragmentait chaque goutte en milliers de particules mêlées à la poussière de la terre asséchée. Visio avait mal, terriblement mal, mais devait d’abord rejoindre son petit fragment de terre bien à elle avant de reprendre forme humaine.

Cela faisait deux jours déjà qu’elle planait. Elle avait survolé de nombreuses îles, désertes pour la plupart, car elle fuyait les terres habitées. Elle s’était rendue une fois de plus devant la Porte, celle qui la ramènerait un jour peut-être chez elle, mais dont elle n’avait toujours pas la clé…
Oui, elle avait eu une vision, qui lui montrait clairement que son monde, celui d’où elle venait réellement, était tout proche… Mais elle n’était pas la Gardienne de la Foudre, et ne pouvait pas l’être, n’étant pas issue de ce monde-là… Visio était donc condamnée à errer dans un monde qui n’était pas le sien, rejetée de tous, tel un fantôme, une légende pour certains…

Elle était perdue dans un vague flot de pensées lorsqu’un bruit la fit sursauter (si une raie peut vraiment sursauter…). Un homme, tout de noir vêtu, était lui aussi sur l’île, muni d’une sorte de canon miniature, d’où jaillit soudain un énorme harpon d’acier, tranchant comme une lame, qui lui transperça l’aile droite.
Visio tenta de s’envoler, mais la douleur était terrible, et le harpon était attaché à une corde tenue d’une main de fer par l’homme en noir, décidé à ne pas lâcher sa précieuse cible.
Elle s’y reprit à trois fois, avant de comprendre que, si elle ne coupait pas la corde, s’en était fini pour elle. Elle se servit alors de son dard pour sectionner le lien le plus vite possible, tandis que le chasseur se rapprochait dangereusement d’elle, près à l’attacher de manière plus solide pour l’obliger à se laisser faire. Mais l’abandon n’était pas l’une des habitudes de Visio. Elle se débattit avec force, agitant son dard derrière elle pour faire reculer l’ennemi, qui lâcha bientôt la corde, le torse ruisselant de sang. Elle l’avait grièvement touché, et c’était tant mieux pour lui !

Visio repris rapidement de l’altitude, mais le harpon rendait son aile droite beaucoup trop lourde, et elle n’arrivait plus à trouver l’équilibre. Craignant une nouvelle attaque, elle ne pouvait s’arrêter sur n’importe quelle île : il fallait qu’elle rentre chez elle, et le plus vite possible ! Mais la douleur était accablante, et Visio se déplaçait extrêmement lentement. Ne pouvant assurer un trop long voyage, elle dut pourtant daigner emprunter un raccourci, ce qui l’obligea à passer au-dessus d’îlots qu’elle ne survolait jamais.
Ainsi, lorsqu’elle survolait Naïn, Visio fut soudain prise de violents vertiges. Le sol semblait se rapprocher et s’éloigner, comme un yoyo, à une vitesse hallucinante. Les morceaux de rochers tournaient en une folle farandole, sa force s’échappait, tandis que la peur la gagnait.

°Plus que quelques centaines de mètres, et j’y suis°

Le voyage avait été particulièrement éprouvant pour Visio, à cause de la douleur, mais aussi parce que le harpon l’empêchait de planer correctement, ce qui l’obligeait donc à redoubler d’efforts pour parcourir un si long trajet.

Mais ce que Visio ne savait pas, c’est que la douleur et la confusion l’avaient aussi déviée de son but d’origine. Sans le savoir, elle se dirigeait tout droit sur RaïKaiD'jan. Perdant totalement le contrôle, elle tourbillonna dans le ciel tel un oiseau heurté en plein vol, et s’écrasa violemment au cœur même de la ville, sur une place marchande.

Les gens poussèrent des hurlements en voyant la créature s’approcher à toute allure du sol, et s’enfuirent en courant dans un désordre des plus complets, se bousculant les uns les autres, renversant des étalages entiers de fruits, de légumes, et de marchandises de toutes sortes sur le sol. Exténuée et gravement blessée, Visio reprit naturellement forme humaine. Mais elle ne bougeait plus. Lors de la métamorphose, le harpon était tombé par terre avec un bruit mat, laissant place à une horrible plaie béante et ruisselant de sang dans l’épaule de Visio. De plus, n’ayant pu ralentir sa chute, elle avait heurté le sol à une vitesse vertigineuse, si bien que certains de ses os avaient du être broyés sous le choc.

A mi-chemin entre la vie et la mort, Visio gisait lamentablement sur la place, dans une flaque de liquide pourpre épais, inconsciente, incapable de faire le moindre mouvement.

Les gens revinrent alors, et formèrent un large cercle autour d’elle. Certains y voyaient là une pauvre créature qu’il fallait soigner au plus vite, tandis que d’autres, le regard fixé sur cette étrangeté, cette femme à trois yeux, n’avaient nullement l’intention de l’aider à rester en vie.

Elle agonisait sur la pierre froide lorsque le cercle se brisa pour laisser passer un homme qui hurlait en poussant devant lui une brouette en piteux état.

« Laissez passer le soigneur, s’il vous plaît, laissez passez ! »

C’était un jeune homme à la carrure imposante, aux longs cheveux châtains, et au visage doux. Lorsqu’il eut atteint Visio, il s’agenouilla près d’elle et lui murmura quelques mots à l’oreille :
« Tu est salement amochée ma pauvre ! Mais je vais te sortir de là, t’inquiète pas ! »
Son esprit divaguait ailleurs, et Visio tarda à comprendre son message. Elle était perdue, sa vision était trouble, et la douleur était trop intense pour qu’un mot puisse sortir de sa bouche, à part un hurlement de douleur, qu’elle ne poussa cependant point.
L’homme la pris dans ses bras précautionneusement, sans toucher la plaie, et la déposa dans la brouette, avant de repartir avec à toute vitesse.

Visio n’était plus que l’ombre d’elle-même : elle était en train de mourir. Elle se sentait bouger, sans savoir pourquoi, et elle avait toujours aussi mal ! Des bruits lui parvenaient quelques fois, mais elle ne pouvait même plus les distinguer. Si le jeune homme voulait la sauver, il devait faire vite !


Dernière édition par Austrana le Dim 31 Aoû - 11:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Littérature : ~° Visio Universum °~   Dim 31 Aoû - 11:24

_____________________________________________________________________

Lorsque Visio se réveilla, elle avait mal à l’épaule, mais la douleur semblait cependant s’être dissipée quelque peu. En cherchant à toucher sa blessure, ses longs doigts tombèrent en contact avec un épais bandage soyeux, attaché avec une grosse épingle à nourrice. Elle ouvrit lentement les yeux, mais la pièce dans laquelle elle se trouvait était plongée dans l’obscurité. Un rayon de lumière dépasser cependant de sous un bout de tissu, ce qui lui fit deviner qu’il faisait jour au dehors.
Elle tenta de se redresser, mais une couverture en laine la bordait, si bien qu’elle était comme attachée à son lit.
Elle reposa lentement la tête sur son oreiller, lorsqu’elle vit une forme s’approcher d’elle dans le noir. Soudain, la masse sombre s’arrêta, et un petit éclair jaillit devant Visio. Elle ferma les yeux, par réflexe et, lorsqu’elle les rouvrit, une bougie s’était allumée devant elle. Elle put alors voir le visage de l’inconnu, très certainement celui qui lui avait sauvé la vie.

« Que… Qui… »

Après dix années de solitude, la bouche de Visio avait perdu l’habitude d’émettre des mots, ou même tout simplement des sons. Sa voix était donc grave, cassée, et elle ne savait apparemment plus parler !
Voyant qu’elle peinait avec les mots, l’inconnu posa délicatement sa main sur le front de la jeune femme et la laissa glisser jusqu’à son nez, pour rabattre ses trois paupières.

« Chut… Il faut que tu reprennes encore des forces. Tu comprends ? Tu était vraiment dans un sale état quand je t’ai trouvée. Tu aurai pu y rester… Mais maintenant ça va. Je continuerai de prendre soin de toi jusqu’à ce que tu guérisses. »

Visio ne comprenais pas vraiment ce que l’homme lui disait, mais le ton posé et calme du jeune homme eut pour effet de l’apaiser instantanément. Elle se détendit donc et se rendormit.

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Le sommeil dans lequel Visio était alors plongée aurait put être le plus paisible de toute son existence, mais il avait cependant été troublé par un songe fort étrange.
Il n’y avait là rien de néfaste, certes, mais, bien que cette vision allait apporter de nombreuses informations importantes à la jeune femme, elle n’en restait pas moins fort longue et éprouvante.

En effet, une vision n’est qu’un « tour » de l’esprit, une hallucination pour beaucoup de gens, mais pour Visio, c’était bien plus que ça. Ces visions, elle les avait grâce à son troisième œil, or, cette bizarrerie de la nature était, en plus d’être disgracieuse au regard des autres, dotée d’une volonté qui lui était propre. Si l’œil voulait regarder dans une certaine direction, il regardait dans cette direction, peu importe que Visio souffrait alors de vertiges ou de maux de tête !
Et si l’œil voulait que la jeune fille voit un certain événement, alors il lui faisait voir, à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit.
Mais ce n’était pas tout : en plus de la « prendre » n’importe quand et n’importe où, ces visions étaient éprouvantes, car Visio tombait alors dans une sorte de sommeil paradoxal, et s’effondrait la plupart du temps par terre, ce qui avait quelques fois était une source de dégâts corporels. Ajouté à cela le fait que, lors de ses visions, la jeune femme commençait alors à murmurer des choses étranges. Son corps battait deux à trois fois plus vite que la normale, et son cerveau fonctionnait à plein régime. La plupart du temps, Visio s’en sortait blessée, épuisée, et bien souvent troublée par ce qu’elle venait de voir. De plus, elle finit par se rendre compte avec le temps que ces « crises » pouvaient parfois durer quelques secondes, comme plusieurs jours !

C’est ainsi que l’œil de Visio décida une nouvelle fois de lui jouer un tour, en lui prenant toutes ses capacités pour la réduire au simple rang de spectatrice lors d’une vision qui dura plusieurs heures.

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« Ô ! Esprits qui régissent ce monde,
Dieux et déesses de l’Univers,
Créateurs de Ce qui est,
Entendez ma prière.
Mon seul souhait, celui qui peine mon âme,
Est celui d’un enfant.
Ma requête pourrait sembler vaine d’intérêt,
Mais l’être que j’enfanterai sera
Votre humble serviteur,
Comme mon époux et moi.
Je sais que mon ventre n’est pas fait pour accueillir la vie,
Mais mon esprit l’est.
Je vous promet que cet enfant
Sera chérit et aimé,
Qu’il grandira avec en tête
Le respect qui vous ait dû
Et que s’il doit un jour servir,
Ce sera à vos côtés, pour vous.
Je mets ma vie et mon plus cher désir
Entre vos main.
Sachez choisir ce qui vous sera le plus profitable »

Visio ne reconnut pas tout de suite cette femme qui adressait une prière aux Cieux, car son visage et ses cheveux étaient recouverts de tissu noir, mais lorsqu’elle se releva pour sortir de la pièce et qu’elle se découvrit, Visio eut un pincement au cœur en voyant sa mère, qui avait maintenant disparu depuis quinze longues années. Sous le choc, elle poussa un petit gémissement, et tenta de se blottir dans les bras de sa mère, comme lorsqu’elle était enfant, mais cela était impossible, car les visons étaient immatérielles. Elle passa donc au travers de cet être imaginé de toutes pièces, et bascula dans un autre songe.

Dans celui là, son père se tenait debout devant un lit, dans lequel se reposait sa mère, un nourrisson dans les bras.
« Hémon, pourquoi est-elle ainsi ?
- Je n’en sais rien, Nali, je n’en sais rien… Mais elle reste notre fille ! Nous ne pouvons la rejeter. C’est un cadeau du ciel !
- Je le sais, ça, mais nous ne pouvons faire comme s’il n’était pas là ! Regarde-là, Hémon. Crois-tu vraiment que les autres sauront accepter une enfant avec un troisième œil ? Ils prendront cela pour une malédiction, et ne voudront plus nous approcher.
- … Nous cacherons cet oeil »
Visio était de plus en plus troublée. Elle voyait maintenant son père, l’homme le plus bon, le plus gentil de la Terre, là, sous ses yeux.
Elle avait mal au ventre, de ne pouvoir s’approcher d’eux, de ne pas pouvoir leur parler. Puis elle se regarda, là, sur le ventre de sa mère, un bébé endormi, ses trois yeux paisiblement fermés, ne se doutant en rien de ce qui l’attendait quant à son futur.
Visio vit alors son père la prendre dans ses bras, et la poser sur la table qui trônait au milieu de la pièce. Il ôta sa chemise et, avec un couteau qu’il sortit de la poche de son pantalon, découpa une longue lanière de tissu qu’il alla nouer autour du front du nourrisson toujours endormi, innocent. Puis Hémon rendit Visio à sa mère avec ces mots, que la grande Visio allait garder en mémoire pour toujours :
« Maintenant, elle est comme les autres »

Comme les autres… Bien sûr que Visio était comme les autres… Il lui suffisait d’avoir recours à quelques artifices, et sa différence serait invisible aux yeux de tous… Oui, mais ils finiraient par découvrir la supercherie, et alors le cauchemar recommenceraient, et elle devrait encore s’enfuir. Visio ne voulait plus subir cela, il en était strictement hors de question ! Pourtant, l’idée de vivre parmi les autres, c’était un rêve pour elle, un rêve dans lequel elle y avait mis sa foi, et qui allait peut-être bientôt se concrétiser, qui sait…

Soudain, tout sembla se brouiller autour de Visio, ses parents disparurent dans une épaisse brume, ainsi que tout ce qui l’entourait. Quand cet étrange nuage se dissipa, la jeune femme était en train de flotter dans le vide. Elle regarda autour d’elle, mais tout était… Invisible. Il n’y avait absolument plus rien : plus de couleur, plus de forme, plus de lumière, juste le Néant absolu. Elle vit alors l’un des plus étranges phénomène arriver : une boule blanche, ultra lumineuse, et une boule noire, dégageant une aura des plus sombres, qui se rapprochaient l’une de l’autre à une vitesse incroyable, pour se rejoindre en un seul point, Visio !
En même temps, une voix retentissait dans sa tête : elle entendait alors la prière que sa mère avait adressé aux dieux. Elle ne comprit pas le lien que cela avait avec ce qui était sur le point de produire, mais savait que, si son œil lui faisait avoir cette vision-là, c’est
qu’il y avait une raison, peu importe laquelle.
Voyant qu’elle allait être écrasé par les deux masses, elle se recroquevilla sur elle-même et ferma les yeux. C’est alors qu’un bruit terrible retentit, ou plutôt, un choc ondulatoire. En fait, il n’y avait pas vraiment de mots pour décrire ce qui venait d’arriver, mais lorsque Visio rouvrit les yeux, elle se trouvait apparemment au même endroit, indemne. La voix dans sa tête s’était tue. En face d’elle se dressait maintenant une bâtisse lumineuse, un temple très certainement. Mais ce n’était pas tout : sur le seuil de cette maison volante se tenait une personne, plus précisément une petite fille, toute de noir vêtue. D’ailleurs, en se rapprochant un peu, Visio se rendu compte que ses yeux aussi étaient noirs, éteints, qui donnèrent des frissons à la jeune femme.
Elles restèrent ainsi, face à face. C’était une sensation singulière pour Visio, vraiment très étrange, car elle avait l’impression que la fillette la regardait. Or, c’était impossible, car, dans ses visions, Visio n’existait pas vraiment.
Elles se fixèrent ainsi durant un temps qui lui parut extrêmement long. Elle allait dire quelque chose, lorsqu’elle sentit son corps comme aspiré.
Visio s’éloignait rapidement du temple, sans faire le moindre geste, sans émettre le moindre son. Et, lorsque la maison ne fut plus qu’un minuscule point dans un océan de vide, Visio se retourna, et vit qu’elle s’approchait vite, très vite, peut-être même trop vite, d’une porte, en tous points semblable à celle se trouvant sur cette îlot de l’Archipel de la Foudre, craignant une nouvelle fois le choc, elle ferma les yeux, et les rouvrit quelques secondes plus tard de l’autre côté de cette porte. Mais cette fois-ci, elle était bel et bien revenue au pays de la Foudre. Elle continuait pourtant de voler, sans rien faire, et se trouva bientôt au-dessus RaïKaiD'jan. Elle amorça alors une longue chute en direction de la ville, puis passa au travers d’un bâtiment, puis d’un autre, puis d’un autre encore, avant de tomber sur son propre corps, allongé dans un petit lit de bois. C’était une impression terrible, qui arracha un hurlement de douleur à Visio lorsqu’elle revint à elle.

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Des bruits de pas précipités et une voix affolée firent comprendre à Visio qu’elle était revenue dans le monde réelle. Des larmes ruisselaient des ses yeux, se mêlant à la sueur de son visage. Elle manquait d’air, avait mal au cœur, son ventre s’était comme retourné ; elle se sentait particulièrement mal. Pourtant, les bras de l’inconnu vinrent apporter une chaleur réconfortante à la jeune fille, qui en avait bien besoin.

« Voilà, tout doux, c’est fini… Ce n’était qu’un cauchemar. »

Il la serra plusieurs minutes durant. Visio était en état de choc, mais elle finit par se calmer en s’efforçant de respirer calmement.
Voyant qu’elle allait un peu mieux, l’homme relâcha son étreinte, attrapa un linge frais et le tapota sur le visage de la jeune femme pour enlever les larmes et la sueur qui y coulaient pêle-mêle.

« Ça va mieux maintenant ? » Demanda-t-il d’où voix douce.
Visio déglutit avec difficulté et hocha la tête en signe d’affirmation. Sa mémoire des mots semblait être revenue avec sa vision, ce qui la rassura quelque peu.
« Allonge-toi, je vais aller te chercher de l’eau et de quoi manger un peu »

Pendant que l’inconnu était parti, Visio passa ses mains sur tout son corps : il était recouvert de bandages. Ainsi, sa chute, en plus du harpon, lui avaient causé de nombreuses blessures ; elle ne pourrait certainement pas se relever avant longtemps !

Lorsque le jeune homme revint, il déposa sur une table basse à côté du lit un grand verre d’eau, du pain, et un morceau de fromage.
Visio se releva avec quelques difficultés, mais réussit à attraper sa pitance et manger.
Le pain était encore tout chaud, tandis que le fromage, fait au lait de chèvre, était doux et bien crémeux. Une fois repue, elle avala d’un trait le verre d’eau sucrée et adoucie à la fleur d’oranger, et regarda l’homme, qui n’avait détaché son regard d’elle pendant qu’elle mangeait.
Ils se fixèrent ainsi pendant quelques instants, avant que l’homme ne prenne la parole.

« Je m’appelle Troy, et toi ?
- Ve… Visio, répondit la jeune fille d’une voix hésitante
- C’est un très joli prénom, dit Troy en souriant. D’où viens-tu, Visio ? Je veux dire, pour être blessée comme ça ? Ton arrivée sur la place a fait beaucoup de bruit en ville. »
Visio ne savait pas vraiment quoi répondre. Pourquoi cet homme lui posait des questions ? Pourquoi s’intéressait-il à elle ? Pourquoi lui avait-il sauvé la vie ?
C’était plutôt à Visio de poser des questions après tout ! Mais elle se contenta simplement de répondre.
« Sur une île… On m’a tiré dessus… Avec un… Harpon…
Troy acquiesça, et repris :
- Tu sais qui c’était ?
- Non
- Tu est recherchée ?
- Je ne crois pas »
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MessageSujet: Re: Littérature : ~° Visio Universum °~   Dim 31 Aoû - 11:25

Puis l’homme arrêta de parler. Il se leva, fit le tour de la pièce en faisant jaillir au passage des étincelles de ses mains pour allumer une vingtaine de bougies, puis vint se rasseoir. Il devait faire nuit à présent.

« Moi je ne te ferai aucun mal, sois sans crainte. Je suis un nomade : je me déplace d’îlot en îlot, je ne reste jamais plus de quelques jours au même endroit.
J’ai entendu parler de toi. Une rumeur, ou plutôt une légende, existe à ton sujet : le poisson géant qui vole. Cette histoire a fait le tour du pays. Comme tu dois très certainement t’en douter, certains qui ont eut vent de ton existence n’avaient pas que de bonnes intentions. C’est pour cela je pense qu’on a essayé de te capturer. Mais heureusement pour toi, peu de gens connaissent ton apparence humaine. Tu n’auras donc aucun mal à te cacher en ville. »

Troy parlait assez lentement, à voix basse. Certains mots qu’il employait échappaient à Visio, mais, dans l’ensemble, elle comprit son propos.
Ainsi elle était recherchée ? Cela ne laissait rien présager de bon… Mais si l’homme croyait qu’elle pourrait se cacher, il devait avoir raison. Et puis, c’était là une occasion à ne pas manquer pour retourner à la vie normale ! Enfin, après dix années d’errance, elle avait peut-être trouvé là le moyen de vivre à nouveau parmi ses semblables.

« Mais pour le moment, tu es encore très faible, reprit Troy, ta chute a été terrible. Je ne sais pas dans combien de temps tu pourras à nouveau marcher. J’aurai bien aimé rester avec toi jusqu’à ce que tu sois complètement rétablie, mais, hélas, je dois partir bientôt. Certaines personnes ne veulent pas que je reste en ville. Mais ne t’inquiète pas. Ma cousine habite en ville. Elle est architecte, elle inspecte les bâtiments de l’île et les restaure si besoin est. C’est grâce à elle que j’ai trouvé cette cave où m’installer. Je l’ai déjà prévenu de ta présence ici. Une fois que je serai parti, elle viendra te voir, tous les jours, et t’apportera de quoi manger et vivre. »

Visio ne quittait plus Troy des yeux. C’était un être si gentil, si attentionné. Elle n’aurait jamais cru cela possible venant d’un humain. Elle ne put s’empêcher de poser une question au jeune homme.

« Et… Mon œil… Je… Ne suis pas un monstre ?
Il sourit.
- Bien sûr que non ! Tout le monde est différent. Et puis, je trouve que tes yeux sont magnifiques. C’est une chance d’en avoir trois : ça fait trois jolies choses de plus dans ce monde, ce n’est pas rien ! »

Ils restèrent un moment face à face, silencieux. Visio était heureuse : elle était différente mais pas plus que les autres finalement ; elle était comme les autres en somme ! Elle se sentait bien. Plus rien n’avait d’importance maintenant. Même la douleur n’était plus là, juste une sensation de sérénité.

« J’ai beaucoup voyagé, je connais chaque îlot de ce monde, même le tiens Visio. Je sais où tu vis depuis tant d’années. Ce petit îlot à l’est. Je le croyais désert, jusqu’au jour où je t’ai vu t’y poser. Je suis sûr que cela fait au moins sept ans que tu vis là-bas, non ?
- Dix ans…
- C’est beaucoup, surtout que tu es jeune encore ! Je voulais juste te dire qu’une vie de réclusion, loin des autres, c’est bien si l’on est un ermite, mais ce n’est pas une place pour une jeune fille ! Tu mérites beaucoup plus que ça, j’en suis sûr ! C’est pour cela que j’ai… Comme un service à te demander. »
Il fit une pause, pour marquer le coup, et reprit.
« Voilà, maintenant que je t’ai sauvé la vie, j’aimerais que tu restes en ville, quelques mois au moins. Je suis sûr que tu y trouveras ta place !
Tu sais, je pense même que, une fois que tu seras rétablie, ma cousine t’engagera peut-être pour que tu soit son assistante ! Comme ça, tu gagneras un peu d’argent, et tu pourras même avoir ta propre maison. Il est vrai que ton œil dérangera certaines personnes, mais tu pourras sans problème le cacher, tu ne crois pas ? »

Visio repensa alors à son flash-back : un simple bout de tissu, et on y verrait que du feu ! Simple et efficace.
Oui, mais se sentirait-elle mieux vis-à-vis des autres en leur cachant ce secret honteux ? Après tout, pourquoi pas ? Beaucoup de gens ont des secrets et vivent très bien avec. Elle pourrait bien en faire autant !

« Bon, je vais te laisser maintenant, j’ai quelques affaires à régler en ville. Je reviendrais sûrement demain, au petit matin. Tâche de dormir un peu d’ici là, d’accord ? »
Visio hocha la tête tandis que Troy allait prendre une longue veste en cuir posée sur une chaise. Avant de partir, il posa une caisse de nourriture au pied du lit.
« Si jamais tu as un petit creux. » Puis il s’en alla.

Visio resta seule dans la cave où les flammes des bougies dansaient lentement, formant de longues ombres ondulant sur les murs de la pièce.
Elle se découvrit, et tenta de se lever, mais se rendit bien vite compte de son état : ses deux jambes étaient cassées en de multiples endroits, l’une de ses côtes devait être fêlée, et elle ne pourrait très certainement pas retrouver l’usage de son bras droit avant un an ! Diable, qui pouvait lui en vouloir à ce point là pour la faire autant souffrir ?! Elle n’avait pourtant rien demandé à personne. Elle n’avait jamais rien demandé à qui que ce soit… Elle poussa un long soupir, et une larme roula le long de sa joue.

Avant de s’enfuir, c’était une pauvre enfant, martyrisée, et après, ce n’était plus qu’une âme qui errait dans le ciel à la recherche d’un havre de paix. Elle l’avait d’ailleurs en quelque sorte trouvé : un îlot, à la racine du ciel, à l’est, que le Soleil éclairait en premier le matin lorsqu’il se levait. Il y avait là quelques arbres fruitiers, un petit lopin de terre riche où l’on pouvait faire pousser des légumes, et un étang regorgeant d’algues, de poissons et de grenouilles. Cet îlot était tout ce que Visio avait dans ce monde, et cela lui suffisait.
Et quand elle n’y était pas, alors cela voulait dire qu’elle devait être en train de flotter quelque part, dans le ciel, ou peut-être devant la Porte, l’objet de ses désirs…

Elle se rallongea alors, et tomba en quelques minutes dans un profond sommeil. Cette fois-ci, elle n’eut aucune vision, sauf celle d’une lueur d’espoir qui n’annonçait à l’horizon.

_____________________________________________________________________

Le lendemain matin, Visio se réveilla sous l’œil bienveillant de Troy. Il s’était revêtu d’une longue tunique en cuir sombre et d’un pantalon en laine. Ses longs cheveux châtains étaient attachés en catogan, et une lanière de cuir scindait son front en deux.
A ses pieds, une lourde caisse d’où débordaient des kyrielles d’objets de toutes sortes.

« Qu’est-ce que c’est ? Demanda Visio d’une voix endormie, la bouche encore pâteuse.
- Je suis allé dans une brocante, et on m’a vendu des tonnes de choses pour une misère. Comme ça, tu auras de quoi aménager les lieux une fois que je serai parti. Je t’ai aussi trouvé des vêtements, et un petit quelque chose un peu spécial… »

Il s’accroupit et commença à fouiller dans la caisse. Du tissu tomba en vrac tout autour, tandis qu’il continuait de chercher. Soudain, il se redressa, l’air triomphant, une boîte en bois clair incrustée d’éclats de pierres scintillantes.

« Voilà, je l’ai ! »

Il s’approcha, s’assit sur le lit à côté de Visio, et posa la boîte sur ses genoux avant de l’ouvrir en poussant le petit loquet qui servait de serrure.
Il reprit ensuite la boîte entre ses mains et en montra le contenu à la jeune fille, qui en fut émerveillée !
Dans ce coffret se trouvaient une demi-douzaine de flacons de verre remplis de liquides brillants multicolores, mais surtout, il y avait là un énorme rouleau d’étoffe soyeuse, parcourue d’une multitude de fils argentés qui semblaient être parcourus d’un courant qui les faisaient pulser.

« C’est une mallette de soins. Je l’ai eu chez un ami apothicaire. Quelques gouttes de potion par jour te permettront de vite retrouver la forme. Et ce tissu, magique, aidera tes blessures à guérir plus vite. Tu peux le garder sur tes plaies autant de temps que tu veux, ce bandage garde son énergie au moins cinq ans !
Avec ça, tu seras de nouveau sur pieds en quelques semaines ! Je parlerai à ma cousine de ce marchand. Si jamais tu es à court de potion, elle pourra retourner t’en chercher.
Je noterai son adresse sur un morceau de papier, tu pourras y retourner toi-même plus tard si tu le souhaites »

Troy avait vraiment l’air très fier de ses trouvailles. Visio était aux anges, mais une chose la fit soudainement douter. Le jeune homme lui avait dit qu’il noterai… Écrire… Lire… Elle ne savait rien de tout ça, on ne lui avait jamais appris ! Sa mère lui lisait des histoires étant jeune, et lui avait enseigné les bases de la lecture, mais tout cela était si lointain maintenant ! Devait-elle le dire ? Après tout, étais-ce vraiment bien grave ? Maintenant qu’elle allait vivre sa vie, elle allait avoir tout le temps devant elle pour apprendre tout cela. Rien ne pressait.

« Troy je… Je ne sais pas comment te remercier… C’est vraiment très gentil de faire tout ça pour moi, mais je n’ai rien à te donner en retour. Je n’ai pas d’argent…
- L’argent n’a aucune importance ! Je te l’ai déjà dis : la seule chose que tu puisse faire pour moi, c’est vivre normalement, d’accord ? Je me fiche du reste. Savoir que j’ai pu t’aider à refaire partie intégrante de la société me fait très plaisir, car je sais que c’est ta vraie place : tu es humaine, tu as un cœur et des sentiments, et je pense que cela fait trop longtemps que tu cherches à cacher ces aspects de ta personne. Il est tant que tu vois, et que tu sois vue des autres Visio. C’est en faisant cela que tu exprimera le mieux ta gratitude envers moi. »

Il tapota affectueusement l’épaule intacte de Visio, et se leva pour ouvrir les petits rideaux qui masquaient les quatre soupiraux de la pièce. La lumière était éblouissante, et la jeune fille mit un certain temps à s’y habituer. Le temps que sa vue ne revienne, Troy montait déjà dans les escaliers en recommandant à Visio d’essayer le nouveau bandage sur son épaule.

Elle regarda un moment autour d’elle, observant la pièce au grand jour : c’était une petite cave fraîche d’une vingtaine de mètres carrés, reliée à l’étage supérieur par un petit escalier en colimaçon de pierre grise. Les murs de brique rouge étaient nu, recouverts d’une fine pellicule grise due à l’humidité et à la poussière. Dans un coin de la pièce, il y avait le lit où Visio dormait déjà depuis quelques jours, et, juste à côté, une table basse où se trouvait un chandelier. Des chandeliers, il y en avait d’ailleurs un peu partout dans la pièce. Le seul autre meuble présent était un buffet vermoulu et bancal.

Une fois son tour s’inspection terminé, Visio sortit délicatement l’étoffe de la boîte et la posa à côté d’elle. C’est alors que les choses douloureuses commencèrent. Elle dégrafa d’abord l’épingle à nourrice, qu’elle posa à côté d’elle, puis, lentement, commença à dérouler son bandage. Troy avait du le changer peu de temps avant car il n’y avait presque pas de sang dessus. Son épaule la lançait à fur et à mesure qu’elle desserrait de bandage, et, lorsqu’elle décolla le dernier bout de tissu de sa plaie, elle s’empressa d’enrouler la nouvelle étoffe car la douleur se faisait de plus en plus vive. Dès que le nouveau tissu entra en contact avec la chair meurtrie d Visio, la douleur se calma de manière instantanée. Elle ralentit alors ses mouvements et, quelques minutes plus tard, rattacha son nouveau pansement à l’aide de la même épingle à nourrice.

La douleur maintenant apaisée, Visio devait à présent attendre le retour de Troy…

____________________________________________________________________________________

Dans la caisse que Troy avait ramené, il y avait tout un tas d’objets, plus ou moins utiles. Parmi eux se trouvait un pile de vieux livre sur lesquelles Visio se jeta littéralement ! Si elle voulait s’adapter à ce nouveau mode de vie, il fallait qu’elle ait du travail, et elle savait pertinemment que, si elle savait lire et écrire, elle s’en sortirait beaucoup mieux.
Des six livres qu’il y avait dans la caisse, quatre étaient illustrés, ce qui permis à Visio de savoir, au moins, de quoi ils parlaient.
L’un était un traité de botanique, plein de vieilles fleurs séchées qui tombaient sur les genoux de la jeune femme au fur et à mesure qu’elle tournait les pages. Chacune d’entre elles était d’ailleurs imprégnée d’une douce odeur qui chatouillait les narines de Visio.
Un autre de ces livres était une encyclopédie sur les animaux. Il y avait là toutes sortes de créatures encrées sur les pages jaunies en papier bible de ce recueil antique, certains que Visio connaissait, et d’autres, bien plus étranges, qu’elle n’avait jamais vu, même lors de ses visions. Elle n’aurait jamais cru qu’il y eut autant d’animaux dans ce monde ! Mais, après tout, il était peut-être possible que ce livre parle aussi d’animaux d’autres mondes…
Le troisième livre était une sorte de dictionnaire médical, regorgeant d’illustrations toutes plus dégoûtantes les unes que les autres, que Visio s’empressa de refermer !
Le quatrième livre fut, de loin, le plus intéressant pour la jeune femme, malgré le fait qu’il fut aussi le plus dur à déchiffrer : un traité d’architecture ! Exactement ce qui l’intéressait !
Mais, après l’avoir finement observé, page après page, durant deux bonnes heures, Visio dut se faire une raison : ce n’était pas avec des dessins qu’elle s’en sortirait, bien que l’architecture soit une profession principalement axée sur la créativité !

Elle attendit ainsi le retour de Troy de heures durant. En attendant, elle avait déjà trouvé dans la caisse deux belles robes de soie, l’une bleu roi, l’autre rouge, finement cousues de fils argentés, ainsi qu’un miroir cerclé d’acier et à la poignée incrustée de pierres bleues. Mais, surtout, elle sortit de cette caisse un long ruban ouvragé et brodé de fils d’or, qu’elle noua autour de son front.

N’ayant osé voir son propre reflet pendant dix années durant, il fut dur pour Visio de se regarder à présent dans un miroir, même si son troisième œil était cachée. Elle prit pourtant son courage à deux mains, pris le miroir, et se regarda.
Elle mit un moment à se familiariser avec sa propre image. Elle avait l’impression de rencontrer une nouvelle personne, avec de nouveaux traits, un nouveau visage.
Elle fut d’ailleurs agréablement surprise de la magnifique couleur violette que ses yeux avaient pris avec l’âge, et tomba sous le charme de son propre regard.
Lentement, elle passait sa main droite sur son visage, tandis que sa main gauche tenait le miroir, comme pour être sûre que ce que reflétait ce morceau de verre n’était pas irréel.
Visio resta un moment ainsi, à se contempler, jusqu’au moment où elle esquissa un faible sourire. Au début, cela ressemblait plutôt à une grimace, mais elle se rendit vite compte que son visage prenait alors un aspect plus doux, plus chaleureux.
Elle se promit donc de sourire à Troy lorsque celui-ci reviendrait, pour lui prouver sa reconnaissance.

Après quelques heures de fouille dans la caisse, Visio se laissa finalement retomber sur mon oreiller. Son épaule ne lui faisait plus mal, et elle se sentait légère apaisée. Elle finit par s’endormir, encore une fois.
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MessageSujet: Re: Littérature : ~° Visio Universum °~   Dim 31 Aoû - 11:26

Le lendemain, Visio se réveilla seule dans la cave, le jour d’après aussi. Elle avait encore sortit des objets de la caisse, et il n’y restait plus qu’un lourd coffre en métal fermé à double tour, et que la jeune fille ne pouvait soulever sous peine de détériorer l’état de son bras.
Au troisième jour, ne voyant toujours pas Troy revenir, Visio commençait à devenir inquiète. Le soir même, elle entendit des pas dans l’escalier en colimaçon, mais le bruit était différent… Ce n’était pas Troy qui était en train de descendre. Soudain, une voix retentit.

« Visio, vous êtes-là ? »

C’était une voix féminine. Visio mit très peu de temps à comprendre de qui il s’agissait, et répondit d’un voix calme.

« Oui, je suis là, descendez »

Une femme apparut alors au bas des escaliers. Elle mesurait environ la même taille que Visio, peut être même un peu moins. Ses cheveux blonds, coupés à la garçonne, étaient en bataille au sommet de son joli visage rond aux joues bien rouges, un grand sourire aux lèvres, le regard vif.

« Alors c’est vous la petite protégée de mon grand dadais de cousin ? » Demanda d’un ton joyeux.

Elle portait au bout de ses bras deux grandes poches de tissu remplies de légumes et des fruits frais, ainsi que d’une grosse miche de pain.

« Dorénavant, je viendrai vous voir tous les soirs, vers sept heures. J’essaierai de vous apporter de la nourriture, et de quoi vous occuper un peu ! Au fait, je m’appelle Nora, mais tout le monde m’appelle Nono, ravie de faire votre connaissance ! »

Elle posa les sacs de victuaille au pied du lit, et vint serrer la main de la jeune fille. La voyant enfin de plus près, Visio put donner aisément une trentaine d’année à la femme qui allait en quelques sortes devenir sa tutrice.
Mais une idée perturba un peu son esprit : si c’était Nora qui s’occuperait d’elle à présent, alors cela voulait dire que Troy était reparti… Sans lui dire au revoir… Le sourire sur son visage qu’elle s’était efforcé de faire en présence de Nora s’effaça.

« Et cette épaule, comment ça va ?
- Bien… Je crois.
- Il ne faut jamais garder un bandage trop longtemps vous savez ? Je vais vous aider à le retirer.
- Si vous voulez. »

Nora sourit une nouvelle fois à Visio, ôta l’épingle à nourrice, et commença à dérouler l’étoffe. Contrairement à la première fois où Visio avait fait ça, elle ne sentait maintenant plus aucune douleur, et fut très surprise lorsque Nora enleva le dernier pan de tissu et que l’épaule de la jeune femme était comme neuve : pas une goutte de sang, aucune douleur, pas même de marque ou de cicatrice !

« Extraordinaire ! Mon cousin m’avait dit qu’il y avait un trou gros comme le poing il y a une semaine ! Il m’a mentit, ou il y avait vraiment une blessure ici ?
- Il y avait un trou… »

Visio était époustouflée. Vivant seule à longueur de temps, elle avait souvent dû se soigner seule à l’aide de plantes qui poussaient sur son îlot, mais jamais encore elle n’avait vu une blessure disparaître si rapidement !

« Il faut croire que ce vieil apothicaire a plus d’un tour dans son sac ! Après, il me semble qui tu avais une côte fêlée n’est-ce pas ?
- Je crois…
- Parfait ! Nous allons mettre ce bandage autour de ta taille, et d’ici quelques jours, nous pourrons passer aux jambes. »

Nora s’exécuta donc, retira le simple bandage que Visio avait autour du buste et le remplaça par cette étoffe extraordinaire.
Après, elle plaça le contenu de ses sacs dans la caisse de nourriture, et, du fond de l’un de ses sacs, elle sortit de grands pans de tissus colorés qu’elle alla accrocher aux murs de la pièce. Puis elle sortit du buffet un large plat et une carafe vide, qu’elle posa sur la table basse. Puis elle quitta la pièce avec la carafe et redescendit quelques minutes plus tard avec de l’eau, qu’elle versa dans le plat, ainsi qu’un bout de tissu éponge.

« Voilà, comme ça, tu pourras te débarbouiller un peu ! Je vais devoir y aller, mais je repasserai demain à la même heure d’accord ?
- D’accord.
- Au revoir
- Au revoir »

Et Nora s’en alla. Visio poussa alors un grand soupir : cette femme était très gentille, comme son cousin, mais l’idée de rester seule pendant encore quelques semaines l’insupportait ! Elle qui avait toujours été libre de s’envoler, d’aller là où elle le souhaitait, et voilà que depuis plus d’une semaine, et pour encore un certain temps à venir, elle allait devoir rester cloîtrée dans cette petite pièce humide, passant ses journées à essayer de lire alors qu’elle n’y arriverait jamais seule. Elle était désespérée.

Pourtant, jour après jour, elle arrivait à distinguer de nouveaux sons, de nouveaux mots. Elle avait même réussit à lire une ligne complète de texte au bout d’une semaine ! Nora, jour après jour, lui apportait de l’eau fraîche, du lait, du pain, une brosse pour ses cheveux, une pommade pour sa peau fragile, quelques livres, et surtout un peu de compagnie. Nora était une bonne vivante, qui aimait par-dessus tout rire et manger. Mais c’était aussi une femme très intelligente, qui travaillait dur et qui savait, d’après ce qu’elle racontait à Visio, se faire respecter de ceux avec qui elle travaillait. La jeune fille admirait son aînée et la manière dont elle semblait gérer sa vie.
Bientôt, Visio en vint même à parler à Nora de son envie d’apprendre à lire, et elle commença par lui apprendre l’alphabet.
Entre temps, la côte de Visio s’était ressoudée et, d’ici une semaine, elle pourrait à nouveau marcher. La jeune fille brûlait d’impatience de faire un tour en ville, comme un enfant qui s’excitait dans l’attente d’un nouveau jouet.
Le soir, Nora et Visio lisaient quelques textes, qu’elle essayait ensuite de réécrire durant la journée.

Lorsque la semaine s’acheva enfin, c’était le jour de repos de Nora. Elle vint donc beaucoup plus tôt que d’habitude, et passa toute l’après-midi avec la jeune fille.
Elle était arrivée vers une heure, une énorme caisse dans les bras.
Dans cette caisse, il y avait des bouteilles de jus de fruit, de la viande bouillie, de beaux légumes frais, la robe de Visio que Nora avait gentiment raccommodé et lavé, ainsi qu’une jolie paire de chaussures en cuir noir.
Les femmes enlevèrent le bandage des jambes de Visio, et Nora l’attrapa alors sous l’épaule.

« On va voir si ce vieil apothicaire a raison de garantir ce bandage pendant cinq ans ! Allez, appuie toi sur moi. »

Petit à petit, la jeune fille se leva, mais ses jambes supportaient difficilement son poids, car elle ne s’était pas levée depuis maintenant un mois. Les premiers pas furent difficiles, voire douloureux, mais finalement, Nora lâcha le bras de Visio, et celle-ci put faire ses propres pas à travers la pièce.
Les deux femmes firent la fête pour célébrer son rétablissement, et ne se séparèrent que très tard dans la nuit.

Visio alla se coucher vers deux heures du matin. Elle se sentait bien, légère : elle était entièrement guérie, n’avait plus mal nulle part, elle portait de beaux vêtements propres et dégageant une bonne odeur, elle n’avait plus eut de vision depuis un mois, et elle avait une très bonne amie, Nora, grâce à qui elle savait maintenant lire, et même écrire ! Son amie lui avait d’ailleurs confié qu’elle impressionnerait beaucoup en ville, car très peu de femmes savent lire. Oui, Visio irait dès demain en ville, marcherait dans les rues bondées, parmi les autres, comme les autres.


Dernière édition par Austrana le Dim 31 Aoû - 11:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Littérature : ~° Visio Universum °~   Dim 31 Aoû - 11:26

Le lendemain, ou plutôt, un peu plus tard dans la matinée, Visio se réveilla, surexcitée. Elle allait enfin faire ses premiers pas dans sa nouvelle vie ! Quand elle se leva, elle alla ouvrir tous les rideaux de la pièce, mais les fenêtres donnant sur l’extérieur ne lui montraient qu’une seule chose : le Soleil n’était pas encore levé !
Elle en profita donc pour se laver, prendre un bon petit déjeuner, puis enfila l’un de ses plus beaux vêtements : une magnifique robe mauve, assortie à la couleur de ses yeux. Le tissu et les motifs n’étaient pas particulièrement riches, mais Visio aimait cette robe car c’était un cadeau de Nora.
Elle brossa sa longue chevelure brune qu’elle coiffa en faisant deux longues tresses qu’elle noua avec des rubans pourpres. Elle rajusta ensuite le ruban qui cachait son troisième œil, et se regarda une dernière fois dans son miroir pour être sûre que tout était en place. Puis elle enfila ses chaussures, prit une sacoche dans laquelle elle jeta quelques pièces d’or que Troy avait laissé dans la grande caisse qu’il avait rapporté de la brocante, puis s’en alla.
Visio monta à toute allure les marches sans prendre la peine de savourer ses derniers instants de sa vie de réclusion, et sortit enfin au grand jour.

La cave dans laquelle elle se logeait depuis tout ce temps était en fait à la base d’une petite maison de deux étages abandonnée. Cependant, elle était quasiment en ruine, et nécessiterait de grosses sommes d’argent pour être rénovée.
En sortant de la maison, Visio tomba dans une petite ruelle peu fréquentée, il s’agissait d’un cul-de-sac entre deux pâtés de maison, qui débouchait sur une rue galerie marchande entièrement couverte dont Visio avait parfois reçu des échos depuis sa cave.

On y trouvait toutes sortes de boutiques : à droite, un marchand de fruits et de légumes hurlait à qui voulait bien l’entendre que ses abricots étaient les meilleurs de toute la ville, tandis qu’en face, une marchande d’étoffes était en train de marchander le prix d’un mètre de laine blanche avec un petit homme moustachu se disant être le serviteur d’une baronne qui souhaitait de nouveaux torchons. Mais, de toute évidence, la marchande n’était pas tout à fait d’accord avec l’utilité future de son étoffe de laine fraîchement filée, de première qualité. Finalement, contre quelques pièces d’or de plus, ce fut l’attention que l’on portait à sécher la vaisselle de la baronne qui prima sur la blancheur de la laine !

Visio avançait ainsi dans cette rue fourmillant de monde, alors qu’il ne devait être que huit heures. Elle marchait parmi la foule, suivant le mouvement de ceux qui l’entouraient, laissant ses pas la guider à travers la ville. Elle s’arrêta cependant quelques minutes plus tard devant un magasin dont la vitrine était pleine de livres de toutes sortes, de toutes tailles, et de toutes les couleurs. Un immense sourire se dessina sur ses lèvres, et elle se précipita à l’intérieur avant d’être poussée un peu plus loin par la foule. A l’intérieur de la boutique régnait un calme absolu. Visio avançait lentement à travers les gigantesques étagères débordant de livres, effleurant du bout leur tranche du bout des doigts.

« Vous cherchez quelque chose, mademoiselle ? »

Un homme d’une soixantaine d’année, courbé à 90°, et s’appuyant sur une canne au pommeau d’argent, se tenait au bout de l’allée.

« Je n’aurai jamais imaginé qu’il y en eut autant… » Dit Visio d’un ton rêveur.
« Vous savez, vous n’êtes que dans ma modeste librairie. Mais si vous vous rendez à la bibliothèque, non loin du Temple, vous en trouverez au moins cent fois plus ! Mais dites-moi mademoiselle, savez-vous lire ? »

Il était enfin tant que Visio fasse ses preuves en tant que femme cultivée.

« Oui, mais cela fait un moment déjà que je suis à la recherche d’un livre un peu plus… Original… »

C’est vrai, avec les progrès qu’elle avait fait ce mois-ci, à l’orale, mais aussi en lecture, Visio voulait maintenant lire un livre différent de ceux que Troy lui avait acheté. Nora lui avait prêté quelques livres, mais ils traitaient pour la majeure partie de sciences, de la nature, ou encore des pensées de l’homme : de philosophie Mais elle en avait assez de tous ces livres intellectuels ; elle souhaitait lire quelque chose qui pourrait vraiment la passionner.

« Un recueil de poésie peut-être ? Ou, bien mieux : un roman ! »

Elle n’avait encore jamais lu de romans, bien que Nora lui en ait quelques fois parlé.

« Oui, cela pourrait faire l’affaire. Combien cela me coûtera-t-il ?
- Mais… Votre roman… De quoi voulez-vous qu’il parle ?
- Je n’en sais rien moi. Ils sont donc tous si différents ?
- Assurément ! Il y a des romans d’action, des romans d’aventures, des romans d’amour…
- Il existe vraiment des livres qui parlent de ces sujets là ?
- Bien sûr ! Il y en a même des centaines, que dis-je, des milliers !
- Bien… Alors… Je vais prendre un roman… D’amour !
- Parfait. J’en ai un qui vous plaira sûrement »

Le vieil homme disparu quelques secondes derrière un rayon, et réapparut avec un livre à la main.

« Celui-là est vraiment fait pour les femmes. Du moins, je crois… Il s’appelle « La Douceur des Songes ». Et comme c’est la première fois que vous venez, je vais pour faire un prix. Il ne vous en coûtera que dix pièces d’or !
- Ma foi, cela me semble être un prix tout à fait raisonnable »

Visio sortit les dix pièces d’or au vieillard, prit le livre, et le déposa dans sa sacoche de velours. Elle salua l’homme d’un signe de la main et ressortit.
Dehors, le vacarme était assourdissant. Les gens hurlaient dans la rue : marchands ou simples passants, tout le monde cherchait à se faire entendre, et ce par n’importe quel moyen. Après une dizaine de minutes de marche, elle se trouva sur une immense place au milieu de laquelle s’élevait un monument de toute beauté : un immense temple de pierre blanche comme la lumière, dont le toit était soutenu par d’imposantes colonnes en marbre, et devant lequel se dressait une magnifique statue, celle d’un dieu à la carrure impressionnante, sur l’épaule duquel reposait un marteau de trois à quatre mètres de long.
Visio était donc arrivée au cœur de la ville, devant le temple dédié au dieu de la Foudre, le très puissant Donar.

Elle fit le tour du temple, prit le temps de respirer cet air si spécial, celui d’une ville fourmillant de gens aux origines multiples, aux métiers variés, aux caractères et à l’aspect si différents.

Visio se fondait dans la masse, mais ses grands yeux ne passaient pas toujours inaperçus. Ah, si les gens savaient ce qu’il y a derrière le bandeau qui orne son front, ils ne lui souriraient peut être pas de la même manière. En attendant, la jeune femme savourait avec plaisir cette sensation de liberté. A présent, elle cherchait le bâtiment des intendants, dont elle ne devait plus être très loin.

Nora lui avait souvent parlé de son lieu de travail : dans une petite maison bleue, une dizaine d’hommes et de femmes, des architectes pour la plupart, s’étaient réunis. Leur but commun : garder les bâtiments de la ville en bon état et prévenir contre les effondrements. Ils s’occupaient aussi de rénover certains lieux historiques, et avaient pour projet à long terme de construire des ponts reliant les îlot de l’Archipel de la Foudre afin de se déplacer plus rapidement des uns aux autres.

Visio cherchait donc la maison des architectes, et, par chance, elle la trouva peu de temps après avoir demandé des indications à une femme qui passait par là.
Cette maison en brique bleue était vraiment charmante. De très belles fleurs empotées poussaient de part et d’autre de la porte d’entrée, dégageant une subtile odeur printanière. Elle frappa à la lourde porte, et, le hasard faisant bien les gens, ce fut Nora qui vint lui ouvrir.

« Je ne savais pas que tu trouverais ton chemin aussi facilement en ville, ma parole ! Entre ma chérie »

Oui, le temps avait passé, et Nora et Visio s’entendant à merveille, elles se tutoyaient maintenant, comme deux bonnes copines. Vision gardait cependant l’habitude de traiter son aînée avec plus de respect.
La jeune femme entra donc, et suivit son amie dans les étages. Elle la présenta à toute son équipe, composée de onze personnes, Nora comprise, les dix autres personnes étant des hommes, de tous les âges et de toutes les carrures. Elle les salua un à un, et resta tout le reste de la journée avec eux. Le midi, ils se rendirent dans une petite taverne où ils dégustèrent un délicieux cochon de lait rôti aux amandes. Mais ce que Visio ne savait pas encore, c’est que Nora avait parlé à ses camarades de son idée de faire entrer la petite en tant qu’apprenti dans leur maison. Ils célébraient donc tous l’arrivée du nouveau membre de leur confrérie, et ce n’est qu’à la fin du repas que Nora annonça la nouvelle à son amie.

Visio avait rarement été aussi heureuse ! Elle avait donc un travail à présent !
Nora la prévint cependant d’une chose : la ligue des Architectes n’avait pour le moment pas les fonds suffisant pour offrir un véritable salaire à Visio, mais elle recevrait cependant une centaine de pièces d’or par moi, et, surtout, elle aurait une maison bien à elle !

[A suivre]
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